Un café avec... Dominique Joseph

Dernière mise à jour le : 30 Décembre 2021

Dominique Joseph est une femme engagée : secrétaire générale de la Mutualité Française, elle est également conseillère au Conseil Economique Social et Environnemental (CESE), troisième assemblée de la République, où elle préside le Groupe santé et citoyenneté, vice-préside la Délégation aux droits des femmes et à l'égalité. Elle nous parle des projets, priorités et combats de la Mutualité Française, qui vient d'élire un nouveau président, Eric Chenut. Elle évoque notamment les réformes sociales mises en œuvre ou abandonnées pendant le quinquennat, explique comment le mouvement mutualiste entend peser dans la campagne présidentielle qui s'ouvre, et remettre à l'honneur, dans le débat, les inégalités sociales, sanitaires et territoriales. Entretien autour d'une e-tasse de café.


Consolider, fortifier le mouvement mutualiste, face aux logiques commerciales et aux velléités d'étatisation


«Quelles sont les priorités de la Mutualité Française et de son nouveau président, Eric Chenut, élu en octobre dernier ?

Il s'agit tout d'abord de renforcer la cohésion, la solidarité entre mutuelles, à un moment où notre modèle est attaqué sur deux fronts : par des logiques de mise en concurrence, un dogme du moins-disant, et par une volonté de mainmise de l'Etat, la tentation d'une gestion uniforme et centralisée - j'y reviendrai. Loin de ces tendances restrictives, nous entendons bien poursuivre, amplifier une politique fondée sur l'écoute des acteurs de terrain, à commencer par les patients et les soignants, et sur une innovation sociale en phase avec leurs besoins, ancrée dans notre réseau territorial de 2800 services de soins et d'accompagnement - hôpitaux, EHPAD, centres infirmiers, soins à domicile, pharmacies, magasins d'optique, centres d'audition, cabinets dentaires, crèches...L'histoire et l'essence du mutualisme, c'est de faire société ensemble, pas de survivre séparément.

La Mutualité Française avait formulé une vingtaine de propositions en vue d'enrichir le projet de loi grand âge et autonomie, finalement abandonné. Quelle est votre réaction ?

C'est une immense déception, la troisième puisque les deux précédents présidents avaient également renoncé à légiférer. Il y a pourtant urgence. Le vieillissement de la population française, l'allongement de la durée de vie, la prévalence croissante des maladies chroniques et des pathologies cognitives font augmenter rapidement les besoins de prise en charge, autant psycho-sociaux que médicaux. Plus on attend, plus les établissements sont submergés, les soignants épuisés et démotivés, plus se creusent les inégalités, la précarité, le repli sur soi.

Pourquoi ces renoncements successifs ?

Il y a d'abord la question du financement. Selon le rapport Libault sur le grand âge et l'autonomie, il faudrait trouver des ressources supplémentaires de l'ordre de 6,2 milliards € par an, à partir de 2024, et de 9,2 milliards € par an à partir de 2030, s'ajoutant aux 30 milliards € annuels actuellement consacrés par la France à la prise en charge de la dépendance. Nous avons proposé un éventail de solutions dont une pour compléter le socle de financement public qui doit être renforcé. Il s’agit de la création d'une garantie mutualisée, intégrée à la complémentaire santé, qui pour quelques euros par mois, cotisés à partir d'un certain âge, ouvrirait droit à une rente viagère et à un ensemble de services en cas de perte d'autonomie. De quoi réduire sensiblement un reste à charge aujourd'hui très lourd, voire insupportable : 2000 euros par mois pour une personne très dépendante (GIR 1 ou GIR 2) en EHPAD. Nous proposons également d'investir dans la prévention, parent pauvre du système de santé français, alors qu'elle joue un rôle décisif dans le maintien à domicile.

Le financement est-il la seule pierre d'achoppement ?

Un autre écueil est la difficulté à prendre en charge la complexité, à réunir un grand nombre d'acteurs aujourd'hui éparpillés au sein d'un dispositif global, pluridisciplinaire, qui s'articule autour de la personne, non de la structure, et la laisse maître de son choix. Nous venons par exemple de lancer une expérimentation de soutien renforcé à domicile, pour 274 personnes en perte d'autonomie, accompagnées par un référent unique.

Le tout EHPAD ne peut être en aucun cas la solution, ni du reste le tout domicile - dans la mesure où il peut être facteur d'isolement. Nous avons la responsabilité collective de développer une offre intermédiaire accessible au plus grand nombre - résidence service, habitat intergénérationnel, accompagnement à domicile, soins de suite et de réadaptation, court séjour, accueil de nuit...- qui donne une vraie liberté de choix aux personnes âgées et à leurs familles.

Dans cette perspective, il est aussi indispensable de soutenir massivement et concrètement les aidants, qui se retrouvent souvent en situation ou en risque de burn-out. Or ils sont d'une importance fondamentale pour leur proche dépendant.
Bref, il faudrait une vision globale, un souffle, une ambition politique, là où nous nous contentons depuis des années de mesures budgétaires partielles.

La Mutualité Française a inspiré la réforme du «100 % Santé», en pointant régulièrement les restes à charge très importants, pour les français, en matière de prothèses dentaires, lunettes et aides auditives. Quel premier bilan faites-vous de cette réforme, un an après son entrée en application ?

En audition et en dentaire, les professionnels du secteur ont joué le jeu. Les évolutions sont très positives. Sur les aides auditives, nous sommes passés d'un reste à charge équivalent à 56 % du prix de l'appareil, en 2017, à 38 % en 2021. En prothèse dentaire, le reste a charge a également diminué, de 39 % à 27 %. L'optique, a contrario, reste problématique : une partie des professionnels a tendance à présenter le panier 100 % Santé comme une offre bas-de-gamme, et à s'enfermer dans une logique de produits de plus en plus chers pour des clients de moins en moins nombreux. C'est dommage car les offres 100 % Santé développées chez les opticiens mutualistes montrent à la fois une viabilité économique et une utilité citoyenne, en attirant et fidélisant un grand nombre de clients.

Au regard de cette efficacité et de cette qualité de service, pourquoi ce projet de «Grande Sécu», évoqué par le Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance maladie (HCAAM) ? Il supprimerait les mutuelles complémentaires et transférerait toutes les prises en charge à l'Assurance Maladie, moyennant une augmentation des cotisations patronales et de la CSG ?


Nous avons loyalement participé aux débats du HCAAM, visant officiellement à améliorer notre système de santé. Alors que cette Grande Sécu n'était que l'un des scénarios envisagés parmi d'autres, il est le seul à avoir fuité dans les médias. Dans cette manœuvre quelque peu lunaire, nous pouvons sans doute voir un ballon d'essai annonçant une nouvelle étape de l'étatisation de la protection sociale des français, à l'œuvre dans différents domaines (voir aussi notre interview de Jean-Claude Mailly, ndlr). Avec en filigrane cette croyance en un Etat tout puissant, capable de tout comprendre et de tout gérer. Si elle fournit un nouvel échantillon de «mutuelle bashing», la Grande Sécu ne résout en rien les problèmes de fond : dette abyssale de l'Assurance-Maladie, insuffisance de la prévention, absence de vision et de politique face au vieillissement de la population, creusement des inégalités entre salariés, bénéficiaires d'un contrat collectif, et non salariés, dont une partie est précarisée, privée d'accès aux soins. La Grande Sécu, c'est une mauvaise réponse à une question que les français ne se posent pas. Leur préoccupation, comme celle des élus de terrain, n'est pas le périmètre de l'Assurance-Maladie. Mais où trouver un médecin pas trop loin, comment consulter un cardiologue dans un délai raisonnable, que faire pour un parent qui a chuté plusieurs fois à son domicile...Autant de questions au cœur du combat mutualiste, avec son réseau de centres et services de proximité, son action sur la baisse des restes à charge, ses innovations en matière de prévention et de bien vieillir, sa recherche permanente, en lien avec les acteurs locaux, d'un parcours de soins plus simple, accessible à tous.

Comment allez-vous faire entendre ces thèmes pendant la campagne présidentielle ?

Nous avons ouvert, comme lors de la précédente élection, la plateforme en ligne Place de la Santé, qui passe au crible les programmes électoraux des candidats, décrypte les infos et débusque les intox, présente des contributions de tous horizons sur la protection sociale de demain. Nous avons en parallèle organisé une conférence citoyenne sur l'aide, l'entraide et les solidarités, un exercice de démocratie participative qui a donné la parole à 70 citoyens, représentatifs de toute la diversité française, en vue de formuler des propositions concrètes. Enfin nous recevrons les candidates et candidats au Palais Brongniart, le 1er mars 2022, pour un Grand Oral sur leur programme en protection de santé. L'ensemble du dispositif et de nos propositions sera présenté en conférence de presse, le 13 janvier prochain.
Nous espérons bien contribuer à ce que le débat porte sur les sujets de fond, à savoir le pouvoir d'achat, la santé, les inégalités et les retraites.

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  • Dominique Joseph

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