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Damien Ientile, Directeur de l’Urssaf Caisse nationale

À la tête de l’Urssaf Caisse nationale depuis 2024, Damien Ientile revient sur les priorités de l’institution : lutte contre la fraude, amélioration de la qualité de service et renforcement du partenariat avec les experts-comptables, acteurs clés de la fiabilité des données sociales.

La lutte contre la fraude sociale est devenue un axe majeur de l’action publique (cf. projet de loi). Comment l’Urssaf s’organise-t-elle concrètement pour renforcer la détection et la prévention des fraudes ? 

Organisme de sécurité sociale, l’Urssaf lutte contre la fraude, contre le travail dissimulé notamment, qui pénalise notre modèle social, mais aussi les salariés – privés de leurs droits – ainsi que les autres entreprises qui, elles, respectent la loi. Sur ce sujet, nous déployons plusieurs leviers efficaces : ciblage des contrôles avec le datamining ; renforcement des moyens et professionnalisation de nos inspecteurs spécialisés ; intensification des contrôles relatifs au travail détaché ; actions coordonnées avec nos partenaires dont la police, Tracfin, l’Office central de lutte contre le travail illégal…   

Le 5 mars dernier, l’Urssaf et le Conseil national de l’Ordre des experts-comptables ont signé une convention de partenariat. Quels sont les objectifs concrets de ce rapprochement ? En quoi les experts-comptables constituent-ils un relais stratégique ? 

Pour l’Urssaf, les experts-comptables constituent un tiers de confiance incontournable, au plus près du quotidien des entreprises, capable d’identifier les difficultés, d’anticiper les erreurs et de relayer les bonnes pratiques. Le partenariat que j’ai signé avec le président Damien Charrier vise notamment à améliorer la qualité et la fiabilité des données sociales transmises chaque mois, données qui conditionnent à la fois l’ouverture des droits sociaux de 27 millions de salariés et le calcul des cotisations. Ce point est aussi essentiel pour les travailleurs indépendants, les droits sociaux dépendant directement des cotisations. Il s’agit aussi de renforcer la pédagogie en donnant aux experts comptables une meilleure compréhension de nos outils et offres de service et des évolutions règlementaires.  

La réforme de l’assiette sociale et du barème des cotisations modifie en profondeur certains mécanismes. Quels sont les principaux enjeux de mise en œuvre pour l’Urssaf ? 

Avec cette réforme de la base de calcul des cotisations sociales, la loi vise à simplifier et à donner plus d’importance à la part des cotisations « contributives » qui permettent d’acquérir des droits individuels, en diminuant parallèlement le montant de CSG. L’un de nos enjeux est de renseigner efficacement les indépendants. Nos conseillers sont à leur disposition et à tout moment, les usagers peuvent consulter notre rubrique dédiée Réforme de l’assiette sociale et du barème des cotisations sociales – Urssaf.fr. 

La relation entre l’Urssaf et les travailleurs indépendants a parfois été perçue comme complexe. Comment travaillez-vous aujourd’hui à améliorer cette relation ? 

Notre ambition quotidienne est d’apporter la meilleure qualité de service aux indépendants, de les accompagner avec bienveillance. Nous savons que les indépendants peuvent se sentir démunis face à leurs obligations, et que les experts comptables sont souvent en première ligne pour les accompagner. C’est précisément pour renforcer cette chaîne de confiance que nous avons développé de nouveaux services d’accompagnement. Avec « Mon Conseil Urssaf », nous proposons un ensemble de solutions de sécurisation juridique. Nos services « Mes Premiers Mois avec l’Urssaf » ou « Urssaf Première embauche » s’inscrivent dans cette logique : être présent, prévenir les erreurs et faciliter la gestion quotidienne. Également, en cas de difficulté, l’Urssaf déploie des mesures d’accompagnement adaptées aux travailleurs indépendants (ajustement des cotisations sur le revenu réel, délais de paiement), avec la possibilité, par ailleurs, de solliciter l’action sociale du Conseil de la Protection Sociale des Travailleurs Indépendants (CPSTI).

Comment l’Urssaf travaille-t-elle avec les caisses de retraite pour garantir la fiabilité des droits acquis par les assurés ?  

Pour calculer correctement une retraite, les organismes utilisent des données issues de la DSN. D’où l’importance d’une collaboration étroite entre l’Urssaf et les organismes de retraite afin de définir quelles vérifications doivent être mises en place, sur quelles données, pour éviter toute erreur dans le calcul des droits des salariés. Ajoutons que les droits à la retraite des travailleurs indépendants sont étroitement liés au niveau des cotisations sociales acquittées. Dans ce cadre, l’Urssaf occupe une place centrale : elle alimente le Répertoire de gestion des carrières uniques (RGCU) et transmet les revenus des professions libérales à leurs caisses de retraite.

L’Urssaf parle de plus en plus de services aux usagers. Est-ce un changement de posture pour l’institution ? Quels nouveaux services allez-vous développer prochainement ? 

En tant qu’organisme de sécurité sociale et de service public, l’Urssaf souhaite répondre aux attentes de ses usagers en offrant des services performants et adaptés, en personnalisant l’accompagnement et en simplifiant les démarches. Cette évolution se traduit sur le terrain : elle passe par des campagnes d’écoute, focus groupes, qui permettent de mettre en place des accompagnements renforcés pour les indépendants, outils pratiques (partage d’écran, callback, tutoriels), et d’améliorer de façon continue la relation de service et le développement de nouveaux accompagnements permettant au chef d’entreprise d’être guidé à chaque étape, de la création à l’embauche, ou lors de la mise en place d’un accord d’intéressement, par exemple. Et les résultats sont là. En mars 2025, l’Urssaf Centre-Val de Loire a par exemple été le premier organisme à obtenir la labellisation Services Publics+. Autre exemple, plus de 640 000 nouveaux indépendants ont bénéficié du service Mes premiers mois avec l’Urssaf en 2024, avec un taux de satisfaction de 82 %.  

Avec le site Parlons cash, l’Urssaf a également entrepris une démarche pédagogique auprès des citoyens pour déconstruire les aprioris autour des cotisations sociales. Comment est née l’idée et quel bilan après plus d’un an d’existence du site/la campagne ?  

Seuls 26 % des Français estiment être bien informés sur l’utilisation de leurs cotisations sociales. Nous avons donc voulu répondre via une campagne de sensibilisation « qui parle cash » à une question récurrente : « où va mon argent ? ». Vous pouvez retrouver notre site dédié “Parlons cash”, qui montre concrètement à quels organismes sont immédiatement reversées les sommes prélevées. À travers ces campagnes, nous confirmons notre volonté d’installer une parole directe, claire et pédagogique sur le financement de la protection sociale. Les résultats témoignent de l’intérêt du public pour cette démarche. En 2025, les campagnes ont généré plus de 40 millions d’impressions et plus de 300 000 clics vers le site. 

Quels sont les projets en cours et à venir pour l’Urssaf ? 

Je pense à deux projets qui touchent particulièrement les experts-comptables. D’une part le nouveau tableau de bord sur urssaf.fr qui a été conçu directement avec les cabinets d’experts-comptables, ce qui le rend plus simple et plus fluide, et qui a vocation à encore s’améliorer. D’autre part, je souhaite évoquer la DSN de substitution, une avancée importante en 2026. L’Urssaf déclenchera ce dispositif prévu par la loi afin de pouvoir agir si une anomalie persiste – malgré les rappels et les échanges avec le déclarant – sur une donnée qui viendrait fausser le calcul des droits retraite d’un salarié (anomalie sur l’assiette plafonnée).  

Biographie

Diplômé de l’École normale supérieure, de l’École d’économie de Paris, de Sciences Po Paris et de l’École nationale d’administration (ENA), Damien Ientile a rejoint l’Inspection générale des finances à sa sortie de l’ENA, en 2012. Depuis 2021, il a successivement été le directeur de cabinet des ministres des Comptes publics Olivier Dussopt, Gabriel Attal et Thomas Cazenave.  Il est directeur de l’Urssaf Caisse nationale depuis 2024.